THE DEBATE: DOUBLE NATIONALITE AU CAMEROUN- CA SE DISCUTE

Ça ce débat, ça se discute
RENDEZ-VOUS CE 17 FÉVRIER A STUTTGART /DÈS 13UHR /LINDEN-MUSEUM- HEGEPLATZ 1

Pour nous Africains vivant à l’Etranger, les questions relatives au visa, au passeport et à la double nationalité sont d’une importance de premier ordre. Dans une certaine mesure, ces éléments peuvent déterminer le succès ou non des projets que nous avons en tête d’établir sur notre continent.

Pour ce qui est du Cameroun, le contentieux occupe les débats entre la diaspora et le gouvernement depuis déjà plusieurs années. Il s’avère que la mobilité des Africains a connu une relative croissance ces dernières décennies, et paradoxalement, des pays tels que le nôtre poursuivent toujours une politique hostile à la nationalité hybride.

C’est à ce superbe et colosse débat que j’ai été invité (Et que je vous invite chaleureusement)  ce samedi 17 février 2018 à Stuttgart. Dans un contexte où l’appel à la participation de la diaspora dans le développement de la terre mère se fait de plus en plus grand, l’association <EyesOnCameroon>
a jugé crucial d’organiser cette discussion, dont l’épilogue est censé déboucher sur un „Front pour la double nationalité“

Cependant, pour ma part, dans un souci d’analyse froide et impartiale, il ne s’agira pas de prendre parti de manière subjective. La problématique du double passeport est un sujet bien plus complexe qu’il en a l’air, surtout dans le contexte africain, et camerounais, le cas échéant. Il n’est donc pas question de choisir un camp sans pousser la réflexion au-delà de l’a priori visible. Morceaux choisis :

Sur les 55 pays (Le Soudan du Sud indépendant depuis 2011 pour des questions d’enjeux géopolitiques) que compte l’Afrique, les deux tiers ont opté pour une ouverture sans restrictions au double passe . De nombreux autres prévoient des mesures spéciales et des marges de tolérance. Ce n’est pas le cas du Cameroun et de la République Démocratique du Congo, qui, sur le papier, s’opposent sans concession à toute binationalité.

Sur le papier seulement, car les faits sont tout autres. Dans le cas du Cameroun, on assiste en effet à une hypocrisie de tous les instants, avec un gouvernement dont quasiment tous les membres disposent d’un passeport étranger (Ainsi que de grandes personnalités à l’instar du footballeur Samuel Eto´o), alors que la Constitution l’interdit.
C’est d’ailleurs là l’épicentre de la critique qui a fusé lors du Forum Économique de la Diaspora, (Fodias), organisé entre le 28 et 30 juin 2017 à Yaoundé

Qui plus est, comme relayé par la plateforme <CamerWeb> dans une parution du 9 juillet, les statuts de la Constitution en elle-même posent problème.
Car comment comprendre l’article 7 qui attribue la nationalité camerounaise à tout individu dont l’un des parents est Camerounais, lorsque plus loin, l’article 31 retire la nationalité à tout individu majeur qui dispose en plus d’une nationalité étrangère? C’est une incohérence sur laquelle ne s’est pas assez penché le législateur, et qu’il est urgent de clarifier. Cette loi, élaborée en 1968 sous Ahmadou Ahidjo, contribue ainsi à maintenir ce que le regretté écrivain Charles Ateba Eyene appelait : „Le management de l’opacité.“

LA DOUBLE NATIONALITÉ DANS LE MONDE

Plus de la moitié des pays du globe autorisent la nationalité multiple. En Allemagne, ceci concerne plus de 4 millions de personnes (Sur 80 millions). Ici, jusqu’en 2014, la loi commandait à tout citoyen majeur de choisir avant ses 24 ans lequel des deux passeports il souhaite conserver. Aujourd’hui, cette restriction n’existe plus.

Cependant, ici comme ailleurs, le sujet est loin de faire l’unanimité :
Dans les colonnes du <Stern TV> le 22 mars 2017  Birgul Akpinar, politologue allemande d’origine turque et membre du parti au pouvoir, la CDU, désapprouve le double passe en soutenant que  : „La loyauté envers un pays n’est pas garantie.“. C’est précisément cet argument qui est employé par l’Etat du Cameroun pour justifier son opposition à des réformes.

Car l’argument de base contraire relève que la détention d’un passeport unique n’est pas une preuve de patriotisme. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on détient le sésame français ou allemand qu’on aime plus la France ou l’Allemagne plus que le Cameroun. Le passeport peut-être un simple moyen permettant de passer sans encombres les contrôles aéroportuaires. Et selon cet angle de vue, la diaspora, désireuse d’apporter sa patte au progrès de la patrie, est freinée dans son élan par cette législation et les contraintes qui vont avec.

Cela dit, conclure que l’ouverture à la double nationalité entraîne d’office le développement est une vision manichéenne trop facile. S’il est vrai que des pays comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou le Nigeria sont des poids lourds économiques en Afrique, il est aussi vrai que le Soudan, le Tchad ou le Congo Brazzaville voient rouge en dépit de leur ouverture. Et l’Afrique du Sud, géant économique, n’accorde la binationalité que sous certaines circonstances.

Enfin, la Chine, qui a connu un développement sans précédent depuis Deng Xiaoping à partir de 78, n’accorde pas non plus la double nationalité. Ce n’est donc pas fondamentalement de cet aspect que dépend le progrès d’une nation, mais certainement d’une facilitation des conditions d’insertion et d’entrepreneuriat pour les nationaux désirant retourner et investir au bercail.

De même, présenter la diaspora sous l’angle dynamique d’une volonté d’apporter le développement et le gouvernement sous le seul angle obscur est un peu simpliste.  La situation politique très sensible du pays peut justifier la méfiance d’un État envers les binationaux, dont certains peuvent être des bi-agents au service d’intérêts voilés, ou simplement des personnes prompts à solliciter leur „deuxième“ pays en cas de forfait commis en terre camerounaise, au lieu de portée le fardeau de leur délit . Le très long épisode Lydienne Yen Eyoum en 2015-2016 en est une illustration.

CONCLUSION :

Le débat n’a pas fini de faire jaser. Quoiqu’il en soit, venez très nombreux à Stuttgart approfondir avec nous ce sujet et apporter vos éléments. Un fait est certain, il n’existe pas de problème sans solution. Mais surtout : il n’existe pas de vrai ou de faux à cet épineuse question. Tout est fonction du contexte et du cadre dans lequel une réforme est adoptée.

Pour contenter les esprits, il est toujours important de trouver un compromis. Satisfaire les différentes parties en coupant la poire en deux. En clair, on pourrait procéder comme l’Afrique du Sud qui octroie la nationalité par une décision de l’exécutif selon des circonstances particulières de mérite, ou simplement élargir la „citoyenneté“ (différente de „nationalité“), qui vous attribue certains droits, même avec un passeport étranger. Bref, la discussion n’en est qu’à ses débuts. Rendez-vous le 17!

Ekanga Ekanga Claude Wilfried
Remagen, le 30 janvier 2018

(Moi, j’ai conservé le vert)

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